Avec sa structure vertigineuse et son port majestueux, il était là où je l'avais laissé, l'oeil grand ouvert sur la mer étendue au soleil. Tapis au pied du phare s'agitait un petit chaos remuant d'herbes folles. Les pousses pêle-mêle se couchaient puis se redressaient sur toute leur longueur au gré du vent, mêlant leur éclat vert à la grisaille des rochers dans une tendre révérence. La poussière d'eau mêlée à la lumière d'avril qui éclaboussaient la végétation par vagues régulières l'alimentaient en petites mottes grasses et vigoureuses. Chaleur, clarté
J'attendis que le flot des derniers touristes se soit retiré, puis j'inspirai une longue bouffée d'air iodé et poussai la lourde porte, prête à embarquer. Il fallut quelques secondes à mes yeux pour s'habituer à la claire obscurité qui régnait à l'intérieur du phare. Avant d'entamer l'ascension, je m'adossais à la porte close et observais à quelques dizaines de mètres au dessus de ma tête le sommet de l'ouvrage, ouverture sur le ciel que l'escalier en colimaçon laissait entrevoir. Les cristaux aux reflets bruns irisés emprisonnés dans la pierre ainsi que la rampe noire de l'escalier dessinaient une spirale envoûtante d'ombre et de lumière. Incrusté sur l'extrême bord de la rade, le phare tout entier, vu de l'intérieur, avait l'apparence d'un gigantesque coquillage envahi par les bruits de l'eau. Froid, humidité. Parcourue par un frisson, je m'engageais dans l'escalier et m'enfonçais, marche après marche, dans un profond dédale de souvenirs.
