On
y trouve le coeur battant des campagnes si chères aux deux frères,
des décors impressionnistes à la Turner, à la Faulkner, composés par petites touches, baignés
dans une clarté crépusculaire, habités par la voix secrète, profonde et
mélopée de Simon, auteur des beaux textes du quatuor. Contrebasse, melodica, percussions, chaque instrument imprime de ses nuances
l'ensemble, arrangé avec la plus grande subtilité.
Contrastée, cyclique, traversée de reliefs, de visions, d'énigmes et d'enchantements (The Floating Man), la musique d'And Also The Trees reflète à merveille la partition des éléments. Elle incarne le romantisme anglais, gothique, raffiné, pastoral. Elle figure un monde dans lequel s'expriment sans ironie les grands sentiments, où règne une paix vertigineuse.
Album après album, l'horizon s'agrandit et le jour se lève sur le groupe, sombre, radical et impétueux à ses débuts. L'époque bouillonnante de Virus Meadow est mémorable, fameuse. La synthèse s'opère dix ans plus tard avec The Rag and Bone Man, pur chef d'oeuvre clair-obscur (The Accordeon Girl, Domed, Candace, Rive Droite), auquel je dois d'ailleurs le nom de mon blog et quantité d'authentiques émerveillements «in another land»...
Aujourd'hui, la tonalité a changé, l'urgence a laissé place à la tranquillité, comme s'impose le calme après la tempête. Des rythmiques jazzy se font entendre sur Hunter Not The Hunted et même un sublime tango hypnotique pour conclure Born Into the Waves, conçu comme un voyage, infiniment nuancé à l'image de sa pochette bleutée. Ces deux-là coulent dans mes veines depuis des semaines.
A dessein, j'ai gardé la guitare pour la fin. Reconnaissable entre toutes, maniée comme une mandoline, elle irradie. C'est l'ADN du groupe. Elle va et vient, déferle en vagues mouvantes et se multiplie pour
donner aux chansons un éclat, une ampleur et une vitesse
bouleversantes (Rip Ridge, Angel Devil Man & Beast). Quand elle se retire, on comprend qu'à elle seule elle contient tout : le jour, la nuit, les éclipses, et les aurores. Dans les intervalles, les notes agissent comme un baume,
diffusant leur douce mélancolie.
Après les avoir vus et revus sur scène, mon admiration ne fait que grandir. Chaque concert est un moment magique, privilégié, qui unit le public et les musiciens dans une ferveur (moite, pour le coup). L'émotion s'empare de tous les recoins, de toutes les humeurs, jusqu'au trop-plein. On en ressort hébété et heureux.