Partons
de ce rêve... Ce rêve de janvier qui a crevé l’espace pour
m’emmener de l’autre côté, en Afrique. Un rêve né dans le
monde des rêves, à la source. Une inspiration. Dès lors je n’avais
plus qu’une idée en tête. Poursuivre ce rêve dans le monde réel.
Dans cet autre hémisphère, où le ciel est différent. L'autre bout
du monde, est-ce bien la même Terre ? Cette
nuit-là, j'ai rêvé d’une panthère noire. Pupilles émeraude,
robe velours. Elle a surgi de nulle part pour m’interpeller. Puis
dans le flou chromatique, les pièces du puzzle commencent à
s’emboîter. Aller chercher la guérison dans les régions
inexplorées de soi, voilà. Hantée,
panthérinée, l'âme en migration, je la vois partout, sous toutes
ses formes, dans les jours, les mois qui suivent. L'inspiration se
transforme en exploration. Un besoin vital d'agrandir la vie, d'aller
voir « ailleurs » si j'y suis. Ça veut dire partir,
seule, là où je n'ai pas d'identité, pas de réalité physique, à
la rencontre de ce guide qui m'a appelée. Ce
sera l’Afrique du sud, les léopards, la lutte pour la sauvegarde
des espèces rares. Je deviens volontaire, pour un mois, dans les
réserves du Kwazulu-Natal, territoire des braconniers. Je veux
honorer la promesse que je me suis faite : suivre le courant
mystérieux de la vie, suivre le messager. L'exil
me rapproche de ma véritable nature, l'autre partie de moi-même qui
vit nulle part et partout, qui est chez elle partout sur Terre. La
conscience libre qui voyage à travers le temps et l'espace et
connecte dans la nuit les pôles opposés, à l'intérieur du ciel,
le plus grand des royaumes où je bascule pour m'extraire de ma vie
minuscule. Il
aura fallu toute la puissance d’un rêve pour me donner ce courage.
Plonger dans l'inconnu. J'en reviens avec l'impression que s'y est
déroulé pour moi un morceau de vie parallèle, à mi-chemin entre
rêve et réalité. Une transformation, sans retour.